Les Européennes : quel regard portons-nous sur le Nord-Pas-de-Calais et ses dossiers ?

A la demande de DailyNord, qui en a fait un article, les candidats Europe décroissance Nord-Ouest de la région ont répondu à un questionnaire que nous publions aussi.

– D’après vous, quel est le projet emblématique que l’Europe a réalisé en Nord-Pas-de-Calais?

L’Union Européenne, par la PAC, subventionne l’agriculture intensive et productiviste, qui a appauvri les sols, dégradé l’environnement en même temps que notre santé. Les populations des zones urbaines sont dépendantes de l’importation pour se nourrir, tandis que les terres agricoles des zones rurales sont concentrées dans les mains de quelques gros exploitants. Cela est particulièrement visible dans notre région, qui est l’une ayant le plus petit nombre d’exploitations bio, alors qu’elle est une des plus peuplées. Il est nécessaire de rompre avec la Politique Agricole Commune, pour favoriser une agriculture paysanne, locale, et biologique garante d’une alimentation de qualité et de l’autonomie des territoires.

– Qu’est-ce que l’Europe a bien réussi dans la région Nord-Pas-de-Calais ?

L’Union Européenne a réussi de nombreuses choses dans le Nord-Pas-de-Calais, qui est devenu une zone de transit pour les capitaux, les marchandises, mais aussi les migrants en quête d’une vie meilleure. Ces réussites se situent dans le domaine de l’ultralibéralisme, privilégié par Bruxelles. La région est un peu représentative de ce qui se passe en Europe : concurrence libre et non faussée (avec pourtant des aides publiques à l’installation, comme pour Amazon à Lauwin-Planque), libre circulation des marchandises et des capitaux, mais surtout pas de toutes les personnes : alors que certains n’ont aucun droit, les non-ressortissants de l’UE, les autres doivent faire face à l’injonction d’hypermobilité.

– Qu’est-ce qu’elle n’a pas réussi d’après vous?

Selon nous, ce qui a bien fonctionné pour l’UE est justement ce qui n’a pas fonctionné. La mise en concurrence des territoires a entrainé une surenchère de grands projets inutiles, comme le grand stade (Pierre Mauroy), Lillenium, la ligne Très Haute Tension Avelin-Gavrelle, et même le Louvre-Lens. En matière énergétique, la région est menacée par l’exploitation des gaz de houille et par la centrale nucléaire de Gravelines. Où est l’Europe sociale tant vantée ? Où est cette Europe des peuples, mais surtout pour les peuples ?

– Quel regard portez-vous sur la mandature écoulée et l’action des députés?

Pour porter un regard, il faudrait pouvoir voir. Or les institutions européennes sont opaques et difficilement compréhensibles, notamment parce qu’elles sont très peu expliquées et très complexes. Qui sait qui sont les députés européens sortants ? Qui sait ce qu’ils-elles ont défendu ? Quel est le bilan des sortants ? Même en cette période de campagne, aucun-e ne s’exprime sur ce qui a été fait durant cinq ans.

– Que proposez-vous de nouveau ?

Notre proposition tient en un mot : la décroissance. La course à la croissance, éternelle promesse de jours meilleurs, ne fait qu’accroître les inégalités et provoque des désastres écologiques. Il faudrait sans cesse produire et consommer plus, alors que notre mode de vie n’est déjà pas soutenable. Face à l’absurdité de ce modèle, nous affirmons que la décroissance est nécessaire, pour une société sobre, égalitaire et réellement démocratique. Pour ces élections, nous mettons en avant six propositions, en lien direct avec cette Europe dont nous ne voulons plus.
Rupture écologique dans la politique énergétique et industrielle pour notamment tendre à la sobriété énergétique, l’arrêt du nucléaire, la non-exploitation des gaz de schistes ;
Souveraineté alimentaire, en rompant avec la PAC et en proposant une politique agricole qui favorise l’agriculture paysanne ;
Souveraineté monétaire, par la sortie de la monnaie unique et l’émission de monnaies locales complémentaires couplé à une monnaie commune ;
Contre les Traités commerciaux de libre-échange : pour des Traités de coopération et la relocalisation par le protectionnisme ;
Rupture avec la politique de mégapoles qui organise la mise en concurrence de pôles de compétitivité ;
Libre circulation des personnes sans aucune distinction.

– Que peut faire l’Europe pour le chômage en Nord-Pas-de-Calais?

La croissance ne créé pas d’emploi, et les emplois créés sont des emplois artificiels qui ne répondent pas nécessairement à des besoins, et sont donc parfois néfastes à tout point de vue. Il est donc nécessaire d’imaginer d’autres manières de répartir les richesses et les rôles de chacun (c’est-à-dire notre activité) autrement que par l’emploi salarié contraint, et autrement que par la croissance du PIB. Assurer un minimum pour tous, cumulable avec un salaire ordinaire, et définir un plafond au-delà duquel on empièterait sur le bien-être et l’avenir des autres, notamment les habitants du Sud et les générations futures.
Cela passe par la gratuité de certains services et ressources quand il s’agit du « bon usage », couplé au renchérissement de la même ressource quand il s’agit du mésusage. Par exemple, l’eau devrait être gratuite pour les besoins vitaux, notamment lorsqu’elle est bue, et beaucoup plus chère pour ceux voulant remplir leur piscine. Les notions de bon-usage et de mésusage seront l’occasion de vrais débats démocratiques.
Cela passe aussi par la mise en place d’un revenu sans condition pour tou-te-s cumulable avec un autre revenu, dans le but de ne plus être contraints d’accepter des emplois qui sont juste au service de la croissance. Ce revenu inconditionnel devra être associé à un revenu maximal à définir à l’issue d’un débat de société.

– Que pensez-vous du dumping social, notamment concernant le transport routier de marchandises pour laquelle la région est particulièrement concernée?

Le dumping social est la conséquence logique de l’idéologie libérale inspiratrice de l’Europe dès son origine. Il est à combattre par des mesures efficaces mais qualifiées depuis bien longtemps de liberticide et de totalitaire : le protectionnisme.  La protection des usages, celle des pratiques culturelles, celle des ressources des territoires, doivent s’étendre au niveau régional pour permettre et inciter à une  économie  de  subsistance,  par  le  rétablissement  de  droits  de  douane régionaux et de quotas d’introduction mais aussi d’exportation. Les échanges non-marchands doivent pouvoir se faire entre bassins de vie sur la base de la nécessité et de la coopération, et non pas de la compétition.

– Que pensez-vous de la situation à Calais ?

La situation à Calais est indigne car ultra-sécuritaire. Une véritable chasse à l’homme y est menée. Cette situation nauséabonde permet à des figures extrémistes et fascistes de pouvoir prendre la parole dans l’espace public, ce qui favorise le développement de la pensée raciste et xénophobe. S’il y avait réellement une liberté de circulation des personnes, le problème n’existerait pas.

– Quelle est votre position par rapport à la centrale nucléaire de Gravelines et à la construction du grand méthanier à Dunkerque?

Ces infrastructures illustrent une politique de développement d’un autre temps, puisqu’elle ne prend absolument pas en compte l’épuisement des ressources, sans parler de la politique néocolonialiste menée pour extraire l’uranium en Afrique notamment. De plus, cette politique est centralisée et étatique, et ne prépare en rien les changements nécessaires à notre modèle de société, mais en prolonge plutôt l’agonie. Que va-t-on faire des déchets radioactifs ? Une politique de décroissance permettrait entre autres l’arrêt immédiat des centrales nucléaires et rendrait ces infrastructures caduques. La perte d’emploi engendrée par la fermeture ou la non-ouverture de ces infrastructures serait compensée par d’autres créations d’activités : développement des énergies renouvelables, culture, lien social, agriculture …

– La région étant transfrontalière, que pensez-vous de la ré-instauration du contrôle aux frontières, de la libre circulation des hommes et des marchandises?

L’Union Européenne exploite les personnes et ressources des pays pauvres, tout en fermant ses frontières. Un nombre effrayant de personnes meurent en tentant d’immigrer en Europe. Cette barbarie doit cesser ! Chacun doit être libre de traverser les frontières extérieures de l’Europe, et d’y circuler. Les conditions de vie entre pays riches et pauvres doivent être équilibrées, par l’effacement des dettes illégitimes, et le refus de favoriser le profit au détriment des populations, par la fin de la collaboration avec le FMI, les multinationales ou les dictatures. Dans le même temps, le protectionnisme doit être mis en place : les hommes et les idées sont plus importants que les capitaux et les marchandises !

– Souhaitez-vous ajouter un point, concernant la région Nord-Pas-de-Calais, qui n’aurait pas été abordé?

Dans une logique de convergence, nous appelons, notamment dans le Nord-Pas-de-Calais, à construire une autre coopération entre les peuples, en mettant nos décideurs face à leurs contradictions, et à faire campagne : cette élection est l’occasion de s’informer, de se mettre en réseaux, de rencontrer et surtout d’initier des démarches, initiatives, idées et collectifs avec les habitants. La résistance, les initiatives et l’expérimentation, c’est maintenant ! Plusieurs moments forts arrivent dans la région, et notamment à Lille, avec la semaine de la décroissance du 2 au 8 juin, et Alternatiba, les 4 et 5 octobre prochains.