Le libre échange, cet ennemi de l’écologie

Avec la généralisation du libre échange au monde entier, la distance entre les lieux de production et de consommation est devenue si importante que, contrairement aux époques précédentes, il est impossible de connaître l’origine des matières premières et les conditions de fabrication de la plupart de nos consommations de base. Cette situation historique inédite a enlevé au consommateur la possibilité de vrais choix et a tué dans l’œuf l’écologie politique naissante.

Alors qu’un enfant de 10 ans pourrait comprendre que faire valser les marchandises aux 4 coins de la planète n’est pas compatible avec sa préservation, un écologiste ambitieux le peut plus difficilement. Être opposé au libre-échange, c’est être pour une forme de protectionnisme, aujourd’hui perçu par la vulgate médiatique libérale dominante comme une fermeture, une peur, un isolement, un repli identitaire, un nationalisme… C’est être assimilé à un réactionnaire, à un va-t-en-guerre d’extrême droite.

Il fut un temps où l’on pouvait débattre plus sereinement de ces questions : Keynes pouvait ainsi douter qu’ « introduire le capitalisme dans des pays éloignés et en dépendre pour sa survie garantisse la paix » ( 1933 ) ; le socialiste Polanyi expliquait que « le protectionnisme est une réaction d’auto-défense de la société » contre « l’utopie fanatique » de de la libre concurrence ( 1945 ) ; et Gandhi distinguait tranquillement ce qui devait être produit et consommé en autarcie, de ce qui devait pouvoir voyager loin : le savoir, les livres, l’art, les épices….

Alors que l’irruption de la contrainte écologique à la fin du 20eme siècle aurait dû condamner sans appel le libre-échange, l’écologie officielle naissante en a repris les litanies convenues et, joignant le geste à la parole, s’est alliée dans les exécutifs à des partis qui y sont favorables.

Pour la seule écologie politique réellement existante – la Décroissance –, s’il est nécessaire de mettre en œuvre des droits de douanes nationaux, ce n’est pas suffisant sur la voie de la relocalisation.

D’abord, la relocalisation de l’alimentation implique que les marchés locaux doivent être protégés : les carottes doivent venir du pays.

Mais la véritable question posée derrière la critique du libre-échange et l’exigence de la relocalisation, c’est celle du produit, et par ailleurs la relocalisation ne concerne pas que les produits alimentaires, mais toutes les activités productives. Quels sont les produits éco-compatibles ? Ceux qui réclament le moins de ressources rares et non renouvelables, ceux qui émettent le moins de déchets ultimes, ceux qui exigent le moins de fossile pour les produire et les transporter. Et quand on parle de transport, l’enjeu c’est d’abord la consommation d’énergie. Les échanges peuvent être bénéfiques tant qu’ils n’ont pas un impact écologique trop élevé – et tant que les populations n’en sont pas dépendantes pour leur survie. C’est pourquoi nous voulons relocaliser les produits indispensables mais lourds, dont le déplacement nécessite beaucoup d’énergie, comme l’alimentation ou les matériaux de construction (ou les meubles ?), tandis que les produits légers, comme l’information ou les graines, pourront continuer à voyager. Si nous soutenons la mise en œuvre de droits de douane, nous refusons l’autarcie totale.

C’est pour cela que nous voulons reconstituer des bio-régions, de la taille d’une province, mettant en œuvre une coopération inter-entreprises pour réduire les pollutions autour de produits éco-compatibles, favoriser les coopératives et les petites structures : il nous faudra donc définir un protectionnisme régional tout en maintenant la solidarité nationale.

Alors peut-être pourrions nous affronter avec quelque résistance les bouleversements à venir.