C’est quoi la décroissance ?

Décroissance ? Ça paraît simple : la décroissance est le contraire de la croissance. La croissance est systématiquement mise en avant par toutes les politiques de tous les pays du monde (excepté le Bhoutan). La « Sainte Croissance » est aujourd’hui à la fois l’objectif – qui dit ce qui est désirable – et le fondement – qui dit ce qui est juste.

Il faudrait donc croître pour croître, par principe.

C’est contre l’absurdité de cette illimitation que la décroissance se définit. On pourrait, pour ne rejeter aucun membre de la famille des décroissants, distinguer trois usages de ce mot « décroissance » :

  • la décroissance comme rejet ; être décroissant c’est être contre la croissance et son monde: c’est être anticapitaliste, antiproductiviste, antinucléaire, anti-OGM…
  • la décroissance comme projet ; être décroissant c’est rêver d’une société revenue à échelle humaine, fondée sur les valeurs de responsabilité écologique, de décence sociale, d’émancipation personnelle, de partage, d’éthique, de sobriété…
  • la décroissance comme trajet ; en partant de l’état actuel du monde, il va bien falloir une transformation radicale de nos modes de vie dont la boussole politique impérative sera la soutenabilité écologique.

Au sens strict, la décroissance politique
est seulement la décroissance comme trajet :
c’est l’ensemble des mesures politiques qui devrait permettre de repasser – démocratiquement –
sous les plafonds de la soutenabilité écologique
afin de retrouver des modes de vie décents (socialement) et responsables (écologiquement).

Résolvons tout de suite deux difficultés :

  1. Même ainsi strictement définie, la décroissance doit assumer une ambition politique généraliste. Parce que la croissance est d’abord la croissance économique, la décroissance est d’abord une décroissance économique;  mais elle est beaucoup plus que cela car la croissance est aussi tout un imaginaire qui a colonisé l’esprit de l’homme moderne : la décroissance est alors aussi une décolonisation de l’imaginaire. Cette généralité de la décroissance implique la politique au sens le plus élémentaire du terme : une définition de l’homme non pas comme un individu mais comme élément d’une vie sociale.
  2. La décroissance est beaucoup plus exigeante que l’objection de croissance. Objecter à la croissance, c’est bien mais quand les plafonds de la soutenabilité écologique sont dépassés, c’est  risquer de défendre un mode de vie insoutenable. Décroître c’est vraiment repasser sous ces plafonds : la décroissance est bien une diminution de la production et de la consommation, en réalité de toute la chaîne économique, c’est donc aussi une diminution de l’extraction et des déchets.


Évidemment, cette décroissance « trajet » n’est ni un objectif ni un fondement :

il ne s’agit pas de décroître pour décroître.

Au sens strict, la décroissance n’est
qu’une étape nécessaire, une parenthèse qu’on s’impose, une “époque” à assumer.

[La MCD propose le goût des limites comme fondement, et la vie sociale comme objectif : voir ce que nous appelons le “noyau philosophique” de la décroissance]

Maison Commune de la Décroissance : http://ladecroissance.xyz