Les chemins de la Décroissance

Une grande partie du mouvement s’accorde sur une stratégie de masse critique s’appuyant sur les 4 niveaux politiques de la Décroissance : la sphère privée, les alternatives collectives et concrètes, la pensée du projet de transition et de l’après-croissance et la visibilité. L’action combinée, dans le respect de cette diversité, permet d’atteindre un seuil critique de citoyens rendant possible l’accélération d’une transition qui est déjà en marche.

Détaillons brièvement ces quatre niveaux :

• Le niveau individuel : à travers la simplicité volontaire, chaque individu cherche à vivre en cohérence avec l’objection de croissance en diminuant son empreinte écologique et en s’impliquant dans l’économie sociale et solidaire. Il n’y a pas de « brevet du parfait petit décroissant », chacun fait ce qu’il peut en fonction de ses conditions de vie. Ce niveau reprend aussi la notion de décolonisation de l’imaginaire.
• Le niveau collectif : expérimenter d’autres manières de vivre ensemble, d’autres pratiques cohérentes avec les valeurs anticapitalistes et antiproductivistes. Ces alternatives concrètes permettent de « faire exemple », d’élargir le champ des possibles en développant des modes de production et de consommation qui pourront être repris et adaptés par d’autres collectifs, voire par les pouvoirs publics (notamment à l’échelon local).
En guise d’exemples d’alternatives concrètes soutenables et conviviales, nous pouvons citer les monnaies locales qui donnent du sens à l’échange ou les systèmes d’échanges locaux, les habitats coopératifs, les jardins partagés, la mise en place de ressourceries ou d’atelier-vélos. C’est aussi entreprendre au sein d’une SCOP autogérée, ou plus globalement initier un processus de « ville en transition » ou expérimenter la permaculture.
Ces alternatives, qui constituent un panel d’exemples, participent surtout à la prise d’indépendance de l’individu et de la communauté locale par rapport à la main invisible du marché ainsi qu’à la main plus directe de l’État. Elles sont de formidables outils d’expérimentation de ce que pourraient être des sociétés de Décroissance. Elles constituent le socle du changement. Elles sont sources d’inspiration, mais ne suffisent pas à elles seules.
• Le projet : les ouvrages, les conférences et les congrès ne manquent pas pour construire le projet de transition vers les sociétés de Décroissance. Comment vivre avec moins de pétrole ? Comment relocaliser ? Comment s’adapter aux villes déjà existantes ? Comment recréer du lien social ? Quelle culture, quelle école ? Pour résumer, comment faire une transition démocratique et sereine vers des sociétés soutenables et souhaitables de Décroissance en réfléchissant à ce qu’elles pourraient être.
• La visibilité : selon les talents des uns et des autres, les OC rendent visible la Décroissance à travers l’organisation de rencontres-débats, de manifestations traditionnelles, d’actions antipub ou de désobéissance civile, de passage dans les médias, de publications et la participation à des élections de manière non-électoraliste.
L’articulation entre ces différents niveaux est fondamentale et reste à construire. L’enjeu est bien de créer des liens, des passerelles et des solidarités entre ces différentes initiatives sans en privilégier une plus que l’autre.
Les problèmes sociaux et environnementaux de notre système ne pourront être résolus ni en ajustant quelques paramètres à la marge, ni par les seules démarches individuelles. Il faut agir collectivement et changer la société en s’appuyant sur ces quatre niveaux, chaque OC s’appropriant le chemin où il se sent le mieux. Il y a autant de chemins vers la Décroissance que d’objectrices et d’objecteurs de croissance. L’enjeu est d’arriver à cultiver cette diversité en construisant un réseau horizontal solidaire et autocritique de collectifs locaux et/ou thématiques.

Le but est de créer une convergence et de commencer à construire, expérimenter, ce que pourrait être demain des sociétés de Décroissance.
Notre stratégie politique s’inscrit dans une rupture avec l’illusion que, pour changer la société, il faudrait d’abord et obligatoirement prendre le pouvoir. Au contraire, nous pensons qu’il faut lutter contre les pouvoirs, commencer ici et maintenant, sans attendre. Toutefois, nous soutenons les Objecteurs de Croissance qui choisissent de promouvoir la Décroissance dans d’autres partis et mouvements politiques. Ces démarches sont complémentaires et s’inscrivent dans une stratégie à la fois de transition, partant de la société telle qu’elle existe aujourd’hui (système de parti, démocratie limité à son seul outil de représentativité), la prise de pouvoir peut être un outil temporaire de transition, et aussi de convergences. C’est pourquoi nous participons à des élections, avec une distance critique et même pour en dénoncer les limites. Nous travaillons régulièrement avec des partis et mouvements politiques de gauche et/ou écologistes. On retrouve d’ailleurs des OC actifs dans ces structures. Nous devons, sans rien nous interdire, essayer d’inventer, expérimenter et construire de nouvelles formes d’organisations politiques.

Si des changements sont déjà en cours, ils ne peuvent s’enraciner durablement qu’avec des citoyens engagés, impliqués et acteurs de leur propre vie. C’est pourquoi nous parlons de transition, partant de la situation psychologique, culturelle, sociale mais aussi institutionnelle et politique présente, transition qui ne peut être que démocratique. Aujourd’hui, des exemples issus de pays touchés par des plans d’austérités aux conséquences dévastatrices, confortent l’idée d’une convergence de cette récession subie vers la Décroissance choisie. Ainsi, Détroit est devenue un laboratoire de la transition vers le post-industrialisme après 25 ans de récession terrible. En Grèce, en Espagne ou en Hongrie par exemple, des citoyens poussés à bout par les plans d’austérité successifs rejoignent et s’approprient des alternatives concrètes initiées antérieurement par d’autres dans une logique de Décroissance.

L’enjeu est d’éviter d’avoir à subir tous les maux de cette récession, de ces plans d’austérité et d’initier le plus vite possible cette Décroissance choisie.

Extrait de « Un projet de Décroissance ».
Pages 30 à 35 http://www.projet-decroissance.net/

Vincent Liegey, Stéphane Madelaine, Christophe Ondet, Anne-Isabelle Veillot.
Co-auteurs d’ « Un projet de décroissance. Manifeste pour une dotation inconditionnelle d’autonomie » , préface de Paul Ariès. Les éditions Utopia

La démocratie, sans illusion, sans attendre

Contribution de Michel Lepesant au dossier du numéro 7 de Moins !, journal romand d’écologie politique : « Faut-il sauver la démocratie ? »

Une distinction claire entre « décroissance » et « objection de croissance » permet de lever certains malentendus avec la politique. L’objection de croissance est une conviction critique qui prend clairement conscience qu’économiquement la croissance n’est pas la solution mais juste le problème. La « décroissance » ajoute une responsabilité : celle de la transition politique pour passer d’une société de croissance à des sociétés d’a-croissance. La « décroissance » n’est donc pas un « projet » de société mais juste le nom d’un « trajet » politique. Et c’est là que les difficultés débutent.

Car les décroissants ne veulent pas à leur tour subir les critiques qu’ils adressent à la politique. Comment ignorer une saine réticence libertaire vis à vis du Pouvoir : car, si nous l’obtenions, la question n’est pas de savoir ce que nous en ferions mais ce qu’il ferait de nous ? Lire la suite

Ateliers : comment sortir de l’échec en s’organisant sans hiérarchie et dans nos modes de prise de décision ?

Compte rendu de la discussion du lundi 65 août 2013 à NDDL, de 14h30 à 16h par Ophélie.

« Prendre des décisions en s’organisant sans hiérarchie ».

 

  • Point sur les différentes luttes en cours, pas forcément organisées. Mécanisme pervers qui se reconduit : aristocratie élective = problèmes, se voit dans différents partis (verts, rouges). Question préalable : sommes-nous un parti politique ? Parallèle avec EELV, difficulté chez les décroissants : sommes-nous un parti ou un mouvement ? Évocation du système de tirage au sort, problème : ne dois pas empêcher les autres de participer. Celui-ci utilisé pour désigner, ou pour prendre des décisions ? Problème : les adhérents, peu nombreux et mouvants. Il ne faut pas fixer de cadre trop rigide à long terme. Références à l’ouvrage de Roger de Sizif, auteur de la Stochocratie.

 

  • Problème de la nationalisation des décisions, celles-ci sont plutôt locales, peut-être par gout d’autonomie, mais ça ne laisse pas assez de libertés aux individus. Importance de remettre la démocratie au niveau local, ne garder le global et national que pour les grandes idées (ex : peine de mort). Assemblée nationale comme aujourd’hui : illogique, par bassin de vie serait plus intéressant et cohérent. Remise en question de l’État-Nation.

 

  • Problème : association pouvoir et hiérarchie. Besoin d’outils, notamment pour décoloniser l’imaginaire. Ce genre de rencontre sert à remettre en cause des schémas tracés depuis l’enfance (besoin de hiérarchie). Importance de réfléchir sur la hiérarchie dès le début, car sinon ça risque d’être trop tard, les règles ne conviennent plus qu’aux dirigeants. Ex du tirage au sort chez EELV, condamné par les élus, verrouillé trop tard, une fois que la hiérarchie est mise en place. Il faudrait un conseil de surveillance/ une délégation avec droit de véto, désignation d’un groupe de personnes pour répondre à l’urgence (présent même chez les anar’). Différence à faire entre représentants et délégués. Possibilité de rester en petits groupes, pour éviter la hiérarchie si nous sommes trop nombreux. Car nous sommes peu, mais avec la volonté de croitre, voudra-t-on être toujours plus ? Problème des représentants : la possibilité de pouvoir reprendre le mandat serait une solution, mais cela peut infantiliser. Garde fou : la constitution, mais ce n’est pas suffisant. Gestion de l’égo, savoir prendre sur soi, parallèle avec la hiérarchie, question d’égo à se poser.

 

  • A Liège, réflexion sur la démocratie directe, dans un souci de cohérence avec leur manifeste. Mise en place en théorie d’un mécanisme de démocratie directe. Idée : appliquer les principes bien connus directement. Les informations remontent par des porte-paroles avec les votes (pas des représentants), mais ce n’est pas encore appliqué.

En Suisse volonté de démystifier la démocratie directe, car c’est une catastrophe si on ‘met la charrue avant les bœufs’, et ça favorise les conservateurs (ex, avantage au FN) car si les gens ne sont pas prêts, c’est risqué. Ne pas oublier que cette démocratie directe est un mythe, les Grecques l’on très vite abandonné, à cause de problèmes de démagogie sur l’Agora, nombreux problèmes qui ont entrainé déjà, un panachage. Prône le ‘Kâma-Sûtra’ : certaines positions dans certains cas, car de nombreux facteurs sont à prendre en compte.

Ne pas être manichéen : le professionnalisme à des inconvénients, mais le non-professionnalisme aussi. La démocratie directe n’est pas une solution totale.

 

  • Attention de ne pas privilégier la forme au fond. Il est important de prendre le temps (pour débattre, expliciter, creuser le fond…) sinon aristocratie élective. Information et participation avant le vote, sinon toujours le même risque. Principe électif : choix des meilleurs. Question de l’appropriation, marier fond et forme en bloquant les dérives oligarchiques. Ex d’association  dans l’aménagement du territoire, tous ou seuls les concernés ? Question du référendum. Il est un outil de la démocratie directe, dont les piliers sont : liberté, égalité, autonomie. Mauvais exemple de la Suisse et du Minaret, car manque d’infos de la population, il ne faut pas généraliser les dérapages. La loi sur les parachutes dorés se passe très bien.

 

  • Question de prise de décision liée aux outils et à leur mise en place. Importance de tronc commun/programme même si besoin d’expliciter le cadre. Réfléchir aux solutions, prendre en compte l’éloignement et réfléchir aux prises de décision.

Ne pas faire de groupe sur la décroissance, mais sur des projets. Rappel qu’à Lyon il y a eu beaucoup d’initiatives, mais peu de choses faites. Importance de mener à bien ce que l’on propose : qui ne dit mot consent. Besoin d’expérimenter les prises de décisions et applications non violentes. Important d’alterner théorie et pratique. Un mode de fonctionnement démocratique à besoin de temps. Importance du pouvoir (qui décide) et de l’engagement (qui fait). Importance de différencier le pouvoir (faire faire), et le pouvoir de l’intuition.

La Gauche libérale a tous les Pouvoirs ! Que faire ?

Rassembler la Gauche objectrice de croissance et antiproductiviste !

Nous avons participé aux élections législatives et présidentielles riches de notre diversité. ChacunE de nous a semé des graines de décroissance là où il se trouve en raison de son histoire politique et des spécificités locales. Le moment est de nous retrouver face à ce nouveau pouvoir socialiste qui n’entrevoit d’autre solution que le « toujours plus » de croissance…

Nous avons été des Objectrices et des Objecteurs de croissance sous la droite, nous le sommes tout autant sous cette gauche, qui reste productiviste. Nos propositions pour résoudre la misère et l’effondrement climatique ne sont pas Hollando-compatibles. Cette stratégie est celle du refus de la Rilance : ni rigueur ni relance. Ni rigueur car ce n’est pas aux peuples de payer leur crise. Ni relance car la croissance ne règle rien et aggrave tout.

Le moment est venu aussi pour nous objecteurs et objectrices de croissance issuEs des gauches et amoureux du Bien-vivre de condamner fermement ceux qui arrivent à faire la promotion de l’austérité, au nom même de la Décroissance qu’ils prétendent seuls incarner : non, l’austérité n’est pas une fête. Non la décroissance, ce n’est pas le serrage de ceinture. Non la décroissance n’est pas la récession, non la décroissance n’a pas commencé ni à Athènes ni à Madrid ni au Caire. Cette conception malthusienne et réactionnaire de la décroissance est dangereuse. Ces décroissants, se veulent les directeurs de conscience du petit peuple auquel il faudrait apprendre à se passer de tout ce qui leur manque… Une telle décroissance de droite serait celle des fossoyeurs de l’idée même de décroissance.

Nous invitons les Objectrices et Objecteurs de croissance, les partisans de la décroissance, les antiproductivistes de gauche, tous ceux qui se refusent comme forçats du travail, de la consommation, du spectacle publicitaire permanent et du sport-débile à faire vivre une insurrection des existences aux côtés de l’insurrection des consciences.

Il est grand temps, maintenant que la décroissance assument régulièrement sa présence aux élections, non pas comme une fin en soi mais en complément de ses autres approches, de manifester notre maturité politique en défendant ensemble de « belles revendications » : dotation inconditionnelle, revenu maximum acceptable, gratuités, régies territoriales, arrêts des nucléaires, relocalisation des productions, droit aux expérimentations sociales et écologiques…

Pour une gauche antiproductiviste, ces revendications se traduisent en propositions. Face à la crise de l’automobile, nous répondons : reconversion industrielle. A la crise de l’aéronautique : suppression des vols intérieurs. A la crise monétaire : passage de la « monnaie unique » à une « monnaie commune » articulée à des monnaies locales. A la crise de l’énergie : transition énergétique…

Résistance, désobéissance, nous serons dans les combats du Contre ; mais nous serons encore plus dans les constructions, les utopies concrètes, les combats du Pour et du Avec. C’est pourquoi nous serons de tous les combats contre les Grands projets nuisibles imposés, nous serons aussi de toutes les initiatives pour marcher, ensemble de manière conviviale et ouverte, vers une société du Bien-vivre qui ne peut être qu’une société de partage, une société antiproductiviste.

……..
Contact : contact[at]decroissance-elections.fr
http://www.les-oc.info/
http://www.partipourladecroissance.net/

Je signe l’appel au rassemblement de la Gauche objectrice de croissance et antiproductiviste

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Campagnes Décroissance 2012 : tout reste à faire !

Il y a un an nous lancions l’appel Décroissance 2012 : notre candidatE est la Décroissance. Nous sommes plus d’un millier à avoir signé cet appel. Sans illusion, nous souhaitions apporter quelques graines de réflexions et de débat pour critiquer ce qu’il y a de pire dans la politique spectacle personnalisée. Ce que nous venons de vivre ces dernières semaines nous donne doublement raison : premièrement, cette campagne ne laisse qu’une place minime aux petites candidatures et/ou critiques avec le système, et deuxièmement nous venons de vivre plusieurs semaines de non-débats !

Alors que notre civilisation occidentale fait face à une convergence de crises toutes aussi dévastatrices les unes que les autres, nous assistons à un grand guignol politique où le twit de la première dame, les combats de coqs ici ou là et les petites formules si chères à nos journaleux du microcosme parisien passent en bouclent dans les médias. Cela se traduit, une fois n’est pas coutume, par une très forte abstention, qui n’interpelle surtout pas les gagnants de cette parodie de démocratie. Lire la suite

Relocaliser la démocratie

Relocaliser la démocratie

 Comment retrouver la maîtrise de nos vies ?

Un mode de vie qui crée de la dépendance

Nos sociétés industrielles se sont développées grâce au recours à une énergie bon marché – même si elle venait de loin – et qu’on considérait jusque il y a peu comme inépuisable : le pétrole. Nous savons maintenant que c’était une illusion, les réserves diminuent plus vite qu’on n’en découvre de nouvelles, le pétrole a une fin qui n’est plus si lointaine.

Nous avons espéré que la technologie allait nous sauver et nous en subissons aujourd’hui la barbarie (accidents nucléaires, destruction globale et sans retour de l’environnement par l’extraction des gaz ou bitume de schiste…).

Nous nous sommes installés dans une consommation irresponsable, nous avons oublié comment gérer nos besoins et la production qui devait y répondre. L’économie rurale produisait sur place les biens nécessaires à une communauté  (auto-production) ; en moins d’un siècle, les multinationales ont fait de nous des consommateurs captifs, obligés d’acheter tout ce dont nous avons besoin ; elles ont ainsi construit une société de la dépendance, incapable de s’adapter au changement, alors que la résilience (résistance au choc du changement) est la clef de la survie de toutes les espèces vivantes.

Nos métropoles de plus en plus peuplées, de plus en plus étendues, sont un mode d’habitat qui ne permet pas de couvrir ses besoins de base par des ressources locales, qui est inadapté aux contraintes climatiques, qui privilégie les déplacements individuels, et dont l’approvisionnement alimentaire provient de plus en plus loin.

Une « démocratie » qui prive ses citoyens de leurs responsabilités

Non seulement nous avons perdu la maîtrise de nos usages, mais nous nous sommes aussi laissé voler notre droit à participer aux décisions : la démocratie de proximité, basée sur l’assemblée populaire de quartier, de village, communale, pour gérer les biens communs, a disparu ; nous avons maintenant une « démocratie » dans laquelle nous déléguons tous nos pouvoirs à des représentants qui, aujourd’hui, dans les assemblées intercommunales, ne sont même plus élus par les citoyens. Ces « gérants », de plus en plus professionnalisés, rémunérés et cumulards, assistés par un nombre croissant de technocrates, décident en lieu et place des communautés d’habitants : les citoyens/clients sont dépouillés de leur capacité de décision au profit d’une oligarchie d’élus et de leurs experts.

La démocratie directe pour décider comment répondre à nos besoins

Réapprendre à décider collectivement, c’est l’enjeu de la démocratie directe de proximité.

Dans le domaine de l’énergie, au niveau d’un bâtiment collectif, d’un hameau ou d’un village, d’un quartier urbain ou d’un canton rural, il est possible de produire et de distribuer l’énergie consommée par la communauté grâce à la création de coopératives d’habitants et/ou de régies publiques. Ces organismes autogérés seraient chargés de répondre aux besoins du territoire, dans un souci d’équité (par la gratuité des besoins essentiels), de préservation des ressources (par la sobriété de l’usage), et de protection de l’environnement et de nos écosystèmes.

Changer les institutions pour élargir le champ démocratique et passer de la compétition à la coopération

Nos institutions locales et régionales sont basées sur la délégation : le citoyen n’a pas la possibilité de contrôler l’organisation des services communautaires. Il n’y a ni mandat impératif, ni compte rendu de mandat : l’empilement des délégations conduit à l’opacité des décisions des élus, au favoritisme, à la prise d’intérêt.

Comment inverser la dégradation démocratique en France et en Europe

En réponse au questionnaire d'ATTAC « Ratifier sans consulter le peuple ? Les candidats doivent s'expliquer »

Introduction

Les inégalités sociales n’ont jamais été aussi fortes, aussi bien entre le Nord et le Sud qu’au sein des sociétés dites « développées » (ou plutôt occidentalisées). Ainsi, les médias et le système politique qui y est associé, notamment à travers le financement des partis politiques, sont dans les mains d’une poignée de personnes que l’on peut qualifier d’oligarchie. Nous ne vivons pas dans une démocratie mais dans une oligarchie, pour reprendre le titre de l’excellent livre d’Hervé Kempf.

Le déficit démocratique n'est pas que politique et investis le champ social et culturel, à travers l’agression publicitaire qui pervertis et colonise nos imaginaires, et fait de nous, non pas des citoyens autonomes (au sens de Castoriadis), mais des travailleurs/consommateurs compulsifs.

On peut aussi évoquer notre système économique totalement dépendant de la croissance, et qui nous oblige à croître en consommant toujours plus de choses inutiles, ou à mourir (effondrement économique), le tout en subissant plans d’austérité après plans d’austérité dans le but de sauver le système financier et par là même l’oligarchie… La boucle est bouclée…

Enfin, on assiste, de manière générale, à un essoufflement de la démocratie représentative. Des mouvements comme les indigné-e-s, occupy ou encore la multitude d’alternatives concrètes autogérées, sans oublier de parler de l’abstention toujours plus forte et de la montée des extrémismes, nous rappellent que les élections ne sont qu’un outil de la démocratie et non un aboutissement en soi. Cela pose aussi la question de la politique-spectacle et du rôle joué, avec la complicité des politiques mainstream, par les médias et leur culture de la « petite formule », de la personnalisation…

Ainsi nous avons décidé de ne pas avoir de candidats aux présidentielles afin de critiquer cette politique spectacle et cette personnalisation de la politique sacralisée par l’institution présidentielle, devenue la caricature monarchique d’une oligarchie au service des riches qui ne convainc plus grand monde.

Repolitiser la société, resocialiser la politique

Repolitiser la société, resocialiser la politique

Quelle stratégie politique pour une transition démocratique et sereine
vers des sociétés soutenables et souhaitables de Décroissance

Depuis le début des années 2000 et en particulier ces dernières années, on assiste à l'émergence d'initiatives locales citoyennes en rupture avec les schémas classiques de la société de croissance. En parallèle, en France, mais aussi dans d'autres pays, notamment latins, on assiste à la naissance de débats et aussi de mouvements politiques autour des idées de la Décroissance.
Aujourd'hui ces mouvements se questionnent sur la manière de faire vivre ces différentes démarches ensemble et sur la façon de colporter un nouveau projet de société tout en restant en cohérence avec cette pensée politique. Un des thèmes le plus souvent mis en avant dans la Décroissance est la relocalisation de l'économie et donc, par là, de la vie.
Ces initiatives locales, que l'on appelle alternatives concrètes, comme l'habitat partagé ou les AMAP par exemple, s'inscrivent toutes dans cette logique de réapprendre à vivre localement, à produire localement et ainsi à recréer des sociétés humaines permettant d'initier une transition vers une souveraineté alimentaire et énergétique. Ce livre propose de mettre en avant un certain nombre d'entre elles.

Comme les villes en transition en France, ce type d'initiatives locales et concrètes rencontre un succès notoire auprès de personnes non intéressées ou lassées par le militantisme classique et ses codes. Souvent présentées comme non politiques, ces alternatives sont en effet en rupture avec la manière classique de faire de la politique consistant à se battre contre, et dont la stratégie ne s'inscrit que dans une logique de prise de pouvoir. En fait, elles reviennent à l'essence même de la Politique, celle de la vie de la Cité, en faisant participer tous les citoyens à la réappropriation de leurs choix de vie. Elles sont donc fondamentalement politiques et constituent des exemples de resocialisation de la politique et de repolitisation de la société (1), au niveau local, en commençant, sans attendre une hypothétique prise de pouvoir, à construire d'autres sociétés soutenables et souhaitables.

Chacune de ces alternatives ne représente pas une fin en soi mais l'ensemble forme un vivier d'expériences, plus ou moins réussies, qui ont vocation à se multiplier et à être adaptées et appropriées ici et là. Ces initiatives, bien que la plupart soit indépendante, s'inscrivent et participent directement ou indirectement à la construction d'un mouvement politique de rupture avec la société de Croissance et aussi de sortie du capitalisme et du productivisme.
L'enjeu aujourd'hui, autour de ces initiatives et de la richesse d'expériences qu'elles représentent, est d'arriver à tisser un réseau en construisant des liens, des ponts, des passerelles à la fois entres elles mais aussi avec les autres niveaux politiques de la Décroissance. Ce maillage permettrait de mettre en commun, de critiquer, de se rencontrer, mais aussi de gagner en visibilité, lisibilité et cohérence. Il éviterait par ailleurs le risque de repli sur soi et de communautarisme que cela représente, la dérive survivaliste (2) ou encore de se trouver rattrapé par des lois interdisant tout simplement ce type de démarche (3).

Aujourd'hui, nous observons que la Décroissance peut se colporter sur quatre niveaux politiques :
– Le collectif : à travers les alternatives concrètes, mises en avant dans ce livre.
– Le projet : projet de transition et aussi réflexion sur ce que peuvent être des sociétés de Décroissance (4).
– La visibilité : l’organisation de rencontres-débats, de manifestations, le passage dans les médias, la participation à des élections de manière non-électoraliste (5).
– L'individuel : à travers la simplicité volontaire et la décolonisation de l’imaginaire.

Chacun de ces niveaux est complémentaire des autres et chacune des initiatives de rupture avec la société de Croissance s'inscrit dans plusieurs d'entre eux. Il faut aujourd'hui arriver à cultiver cette diversité. Ces quatre niveaux politiques de la Décroissance interagissent entre eux et doivent se nourrir mutuellement les uns les autres, en rupture avec toute volonté de domination. Lire la suite