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Relocaliser la démocratie

 Comment retrouver la maîtrise de nos vies ?

Un mode de vie qui crée de la dépendance

Nos sociétés industrielles se sont développées grâce au recours à une énergie bon marché – même si elle venait de loin – et qu’on considérait jusque il y a peu comme inépuisable : le pétrole. Nous savons maintenant que c’était une illusion, les réserves diminuent plus vite qu’on n’en découvre de nouvelles, le pétrole a une fin qui n’est plus si lointaine.

Nous avons espéré que la technologie allait nous sauver et nous en subissons aujourd’hui la barbarie (accidents nucléaires, destruction globale et sans retour de l’environnement par l’extraction des gaz ou bitume de schiste…).

Nous nous sommes installés dans une consommation irresponsable, nous avons oublié comment gérer nos besoins et la production qui devait y répondre. L’économie rurale produisait sur place les biens nécessaires à une communauté  (auto-production) ; en moins d’un siècle, les multinationales ont fait de nous des consommateurs captifs, obligés d’acheter tout ce dont nous avons besoin ; elles ont ainsi construit une société de la dépendance, incapable de s’adapter au changement, alors que la résilience (résistance au choc du changement) est la clef de la survie de toutes les espèces vivantes.

Nos métropoles de plus en plus peuplées, de plus en plus étendues, sont un mode d’habitat qui ne permet pas de couvrir ses besoins de base par des ressources locales, qui est inadapté aux contraintes climatiques, qui privilégie les déplacements individuels, et dont l’approvisionnement alimentaire provient de plus en plus loin.

Une « démocratie » qui prive ses citoyens de leurs responsabilités

Non seulement nous avons perdu la maîtrise de nos usages, mais nous nous sommes aussi laissé voler notre droit à participer aux décisions : la démocratie de proximité, basée sur l’assemblée populaire de quartier, de village, communale, pour gérer les biens communs, a disparu ; nous avons maintenant une « démocratie » dans laquelle nous déléguons tous nos pouvoirs à des représentants qui, aujourd’hui, dans les assemblées intercommunales, ne sont même plus élus par les citoyens. Ces « gérants », de plus en plus professionnalisés, rémunérés et cumulards, assistés par un nombre croissant de technocrates, décident en lieu et place des communautés d’habitants : les citoyens/clients sont dépouillés de leur capacité de décision au profit d’une oligarchie d’élus et de leurs experts.

La démocratie directe pour décider comment répondre à nos besoins

Réapprendre à décider collectivement, c’est l’enjeu de la démocratie directe de proximité.

Dans le domaine de l’énergie, au niveau d’un bâtiment collectif, d’un hameau ou d’un village, d’un quartier urbain ou d’un canton rural, il est possible de produire et de distribuer l’énergie consommée par la communauté grâce à la création de coopératives d’habitants et/ou de régies publiques. Ces organismes autogérés seraient chargés de répondre aux besoins du territoire, dans un souci d’équité (par la gratuité des besoins essentiels), de préservation des ressources (par la sobriété de l’usage), et de protection de l’environnement et de nos écosystèmes.

Changer les institutions pour élargir le champ démocratique et passer de la compétition à la coopération

Nos institutions locales et régionales sont basées sur la délégation : le citoyen n’a pas la possibilité de contrôler l’organisation des services communautaires. Il n’y a ni mandat impératif, ni compte rendu de mandat : l’empilement des délégations conduit à l’opacité des décisions des élus, au favoritisme, à la prise d’intérêt.

La relocalisation, un concept qui a le vent en poupe ?

Arnaud Gouillon, pour le Bloc Identitaire, jeune mouvement d’extrême droite s’exprime ainsi dans une de ses conférences : « Les valeurs d’ancrage ont le vent en poupe ! Le local n’est plus ringard y compris chez le consommateur le plus citadin et le plus bourgeois. Ceci est à considérer avec le plus grand sérieux car ce n’est plus un secret, le monde des marchands est en train de s’écrouler… Mais du chaos doit jaillir la lumière et doivent émerger nos repères, nos valeurs notre civilisation. » Continuer la lecture de La relocalisation, un concept qui a le vent en poupe ?

Gratuité

Pourquoi ce mot aussi simple aurait-il besoin d’être défini avec précision ? Voire.

En effet ce mot est, aujourd’hui l’objet d’une bataille sémantique et idéologique qu’illustre bien sa définition dans 2 dictionnaires différents. Dans le Larousse, « est gratuit ce qui est fait ou donné sans qu’il en coûte rien ». Dans le Petit Robert, « est gratuit ce que l’on donne sans faire payer le bénéficiaire ». La différence paraît mince. Continuer la lecture de Gratuité

Comment inverser la dégradation démocratique en France et en Europe

En réponse au questionnaire d’ATTAC « Ratifier sans consulter le peuple ? Les candidats doivent s’expliquer »

Introduction

Les inégalités sociales n’ont jamais été aussi fortes, aussi bien entre le Nord et le Sud qu’au sein des sociétés dites « développées » (ou plutôt occidentalisées). Ainsi, les médias et le système politique qui y est associé, notamment à travers le financement des partis politiques, sont dans les mains d’une poignée de personnes que l’on peut qualifier d’oligarchie. Nous ne vivons pas dans une démocratie mais dans une oligarchie, pour reprendre le titre de l’excellent livre d’Hervé Kempf.

Le déficit démocratique n’est pas que politique et investis le champ social et culturel, à travers l’agression publicitaire qui pervertis et colonise nos imaginaires, et fait de nous, non pas des citoyens autonomes (au sens de Castoriadis), mais des travailleurs/consommateurs compulsifs.

On peut aussi évoquer notre système économique totalement dépendant de la croissance, et qui nous oblige à croître en consommant toujours plus de choses inutiles, ou à mourir (effondrement économique), le tout en subissant plans d’austérité après plans d’austérité dans le but de sauver le système financier et par là même l’oligarchie… La boucle est bouclée…

Enfin, on assiste, de manière générale, à un essoufflement de la démocratie représentative. Des mouvements comme les indigné-e-s, occupy ou encore la multitude d’alternatives concrètes autogérées, sans oublier de parler de l’abstention toujours plus forte et de la montée des extrémismes, nous rappellent que les élections ne sont qu’un outil de la démocratie et non un aboutissement en soi. Cela pose aussi la question de la politique-spectacle et du rôle joué, avec la complicité des politiques mainstream, par les médias et leur culture de la « petite formule », de la personnalisation…

Ainsi nous avons décidé de ne pas avoir de candidats aux présidentielles afin de critiquer cette politique spectacle et cette personnalisation de la politique sacralisée par l’institution présidentielle, devenue la caricature monarchique d’une oligarchie au service des riches qui ne convainc plus grand monde.

La Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA), un outil pour l’égalité et la dignité

Promouvoir une transition démocratique et sereine vers des sociétés soutenables et surtout souhaitables de Décroissance.

« L’homme ne désire pas par nature gagner de plus en plus d’argent, mais il désire tout simplement vivre selon son habitude et gagner autant d’argent qu’il lui en faut pour cela ».

La première des Décroissances[1] doit être la décroissance des inégalités. Ainsi, une des propositions souvent mise en avant et débattue par les Objecteurs de Croissance (OC) est l’instauration d’une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA) couplée à un Revenu Maximum Autorisé (RMA). Cette DIA serait versée à toutes et tous et de manière égale de la naissance à la mort, afin de garantir un niveau de vie décent et déconnecté de l’occupation d’un emploi[2]. Cette dotation serait individuelle, inaliénable et cumulable à tout autre revenu et traduirait la reconnaissance de la contribution de chaque individu à la société, à travers l’ensemble de ses activités, notamment non-marchandes.

Sans être une fin en soi, la DIA pourrait être un outil économique et social formidable pour initier une transition démocratique[3] et sereine vers une sortie de l’asservissement au travail, une sortie du capitalisme, une relocalisation de l’économie, une repolitisation de la société grâce à la réappropriation de nos choix de vie et permettre ainsi à toutes et tous de participer à la construction de sociétés de Décroissance soutenables, souhaitables et conviviales. Continuer la lecture de La Dotation Inconditionnelle d’Autonomie (DIA), un outil pour l’égalité et la dignité

AAA : le drame est-il celui qu’on croit ?

Vendredi 13 janvier 2012 la France a vu sa note AAA dégradée à AA+. Cette décision est ressentie comme un drame par tous les économistes, politiques et médias de tous bords.
Le réel drame ne serait-il pas ailleurs ? Que signifie cette réaction générale de panique ? Il faut croire que chacun a intégré les règles financières actuelles comme étant naturelles et immuables. Au point de se résigner à subir ses dysfonctionnements et à se soumettre à ses pseudo-solutions, au lieu de remettre en question le système monétaire et financier.
Au premier abord, cette rétrogradation signifie que la solvabilité de la France est jugée à la baisse. En effet, la dette est équivalente aujourd’hui à 80% du PIB, alors qu’elle était de 8% à la fin des années 70. Elle signifie aussi que la France ne pourra emprunter sur les marchés des capitaux qu’à des taux d’intérêt encore plus élevés.
Le drame, c’est que le milieu médiatico-politique ne réinterroge pas l’origine structurelle de cette dette soumise à la machine économique et dont les conséquences sociales, environnementales, et anthropologiques sont dramatiques. Continuer la lecture de AAA : le drame est-il celui qu’on croit ?

Repolitiser la société, resocialiser la politique

Repolitiser la société, resocialiser la politique

Quelle stratégie politique pour une transition démocratique et sereine
vers des sociétés soutenables et souhaitables de Décroissance

Depuis le début des années 2000 et en particulier ces dernières années, on assiste à l’émergence d’initiatives locales citoyennes en rupture avec les schémas classiques de la société de croissance. En parallèle, en France, mais aussi dans d’autres pays, notamment latins, on assiste à la naissance de débats et aussi de mouvements politiques autour des idées de la Décroissance.
Aujourd’hui ces mouvements se questionnent sur la manière de faire vivre ces différentes démarches ensemble et sur la façon de colporter un nouveau projet de société tout en restant en cohérence avec cette pensée politique. Un des thèmes le plus souvent mis en avant dans la Décroissance est la relocalisation de l’économie et donc, par là, de la vie.
Ces initiatives locales, que l’on appelle alternatives concrètes, comme l’habitat partagé ou les AMAP par exemple, s’inscrivent toutes dans cette logique de réapprendre à vivre localement, à produire localement et ainsi à recréer des sociétés humaines permettant d’initier une transition vers une souveraineté alimentaire et énergétique. Ce livre propose de mettre en avant un certain nombre d’entre elles.

Comme les villes en transition en France, ce type d’initiatives locales et concrètes rencontre un succès notoire auprès de personnes non intéressées ou lassées par le militantisme classique et ses codes. Souvent présentées comme non politiques, ces alternatives sont en effet en rupture avec la manière classique de faire de la politique consistant à se battre contre, et dont la stratégie ne s’inscrit que dans une logique de prise de pouvoir. En fait, elles reviennent à l’essence même de la Politique, celle de la vie de la Cité, en faisant participer tous les citoyens à la réappropriation de leurs choix de vie. Elles sont donc fondamentalement politiques et constituent des exemples de resocialisation de la politique et de repolitisation de la société (1), au niveau local, en commençant, sans attendre une hypothétique prise de pouvoir, à construire d’autres sociétés soutenables et souhaitables.

Chacune de ces alternatives ne représente pas une fin en soi mais l’ensemble forme un vivier d’expériences, plus ou moins réussies, qui ont vocation à se multiplier et à être adaptées et appropriées ici et là. Ces initiatives, bien que la plupart soit indépendante, s’inscrivent et participent directement ou indirectement à la construction d’un mouvement politique de rupture avec la société de Croissance et aussi de sortie du capitalisme et du productivisme.
L’enjeu aujourd’hui, autour de ces initiatives et de la richesse d’expériences qu’elles représentent, est d’arriver à tisser un réseau en construisant des liens, des ponts, des passerelles à la fois entres elles mais aussi avec les autres niveaux politiques de la Décroissance. Ce maillage permettrait de mettre en commun, de critiquer, de se rencontrer, mais aussi de gagner en visibilité, lisibilité et cohérence. Il éviterait par ailleurs le risque de repli sur soi et de communautarisme que cela représente, la dérive survivaliste (2) ou encore de se trouver rattrapé par des lois interdisant tout simplement ce type de démarche (3).

Aujourd’hui, nous observons que la Décroissance peut se colporter sur quatre niveaux politiques :
– Le collectif : à travers les alternatives concrètes, mises en avant dans ce livre.
– Le projet : projet de transition et aussi réflexion sur ce que peuvent être des sociétés de Décroissance (4).
– La visibilité : l’organisation de rencontres-débats, de manifestations, le passage dans les médias, la participation à des élections de manière non-électoraliste (5).
– L’individuel : à travers la simplicité volontaire et la décolonisation de l’imaginaire.

Chacun de ces niveaux est complémentaire des autres et chacune des initiatives de rupture avec la société de Croissance s’inscrit dans plusieurs d’entre eux. Il faut aujourd’hui arriver à cultiver cette diversité. Ces quatre niveaux politiques de la Décroissance interagissent entre eux et doivent se nourrir mutuellement les uns les autres, en rupture avec toute volonté de domination. Continuer la lecture de Repolitiser la société, resocialiser la politique

Energie : localisation, usages, et sobriété dans « Rouge et Vert » des Alternatifs

Les Objecteurs de Croissance cherchent des réponses communes à des enjeux qui peuvent paraître avoir des solutions incompatibles (1).
– Lutter contre les inégalités sociales : nord/sud, ainsi que dans chaque territoire,
– Echapper aux périls environnementaux : déplétion des ressources, rapidité du changement climatique, et pollutions,
– Retrouver le sens de nos vies : aliénation au travail, frustrations de la société consumériste, culture concurrentielle, décisions qui échappent aux citoyens, adaptation au techno-scientisme, etc…

La question énergétique est au centre des ces problématiques. Notre mode de société consumériste est dans une impasse : pillage des pays riches en ressources, gaspillage et pollutions.
Le nucléaire, qui nous a été imposé sans concertation, est un allié zélé du capitalisme qui incarne à la fois la démesure humaine, sa folie et son irresponsabilité.
Si les énergies renouvelables sont présentées comme une option pour faire face à la déplétion pétrolière, elles ne permettront pas de le compenser complètement. Le techno-scientisme ne nous sauvera pas, et la voie « verte » du capitalisme ne sera ni durable, ni souhaitable.

Face à ce constat dramatique, notre devoir est d’agir et de proposer d’autres modes de vie, et de faire pression sur les pouvoirs publics, afin d’enclencher une politique publique énergétique vertueuse et responsable fondée sur la sobriété, le sens, des choix démocratiques, la relocalisation, ou encore le ralentissement. Continuer la lecture de Energie : localisation, usages, et sobriété dans « Rouge et Vert » des Alternatifs

Le nouveau Monde nucléaire

La catastrophe humaine, industrielle et écologique de Fukushima-Daichi a engendré une grande prise de conscience des risques pour l’environnement et pour nos sociétés d’un monde nucléarisé.

Pourtant, l’oligarchie dominante qui se réunit ces jours-ci à Deauville, et bientôt à Cannes, voudrait nous faire croire à l’impérieuse nécessité qu’il y a à privilégier l’énergie nucléaire.
A défaut des « nouvelles idées » promises par le G8, c’est bien un nouveau monde que nous préparent les dirigeants des pays les plus riches de la planète, un monde nucléaire. Comment faire accepter le développement de cette industrie dans l’après-Fukushima ? En créant le besoin, un besoin présenté sous les oripeaux du bien-être, du développement économique, de la modernité et, oui, de l’écologie.

Des années maintenant que l’on nous vend le tout électrique (donc le tout nucléaire) comme la solution pour l’avenir : propre, efficace, moderne ; et qu’on s’empresse de le rendre indispensable : ici un tramway, là des lignes à grande voire très grande vitesse, là-bas enfin des voitures électriques en libre service. Continuer la lecture de Le nouveau Monde nucléaire